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Famille: 

Nesticidae

Détails

Les Nesticidae forment une petite famille avec 292 espèces connues sur la planète (WSC 2025), dont 38 en Amérique du Nord (Paquin & Hedin 2017). Ces espèces sont similaires aux Theridiidae, mais se distinguent par la combinaison des caractères suivants : un labium muni d'une bordure, la présence d'un peigne de soies crantées sur la face ventrale du tarse IV, et les palpes des mâles munis d'un paracymbium saillant et complexe, attaché par la base.

Deux espèces de Nesticidae sont connues du Québec : Nesticus cellulanus et Eidmanella pallida. Jusqu'en 2018, le Québec ne comptait qu'une seule mention de Nesticus cellulanus avec une femelle récoltée à Sainte-Anne-de-Bellevue en 1958, sans autre indication (voir Paquin & Dupérré 2006). Gertsch (1949) précise que l'espèce a été introduite d'Europe dans les années 40 et progresse depuis la Nouvelle-Écosse vers l'ouest et le sud du continent (Gertsch 1984). Nesticus cellulanus a été trouvé dans les greniers, les garages et les recoins sombres des habitations. Avec les données disponibles qui confèrent à cette araignée le statut d'espèce synanthrope (associée aux humains, voir Paquin et al. 2022a), la récolte d'un spécimen à Sainte-Anne-de-Bellevue a été jugée suffisante pour l'inclure dans la liste du Québec (Paquin & Dupérré 2003).

Depuis 2018, des données additionnelles permettent de préciser les affinités écologiques de cette araignée au Québec. Paquin & Monfette (2018) ont confirmé la présence de N. cellulanus avec une deuxième récolte dans la province par des spécimens trouvés sous le couvercle d'une fosse septique d'une habitation à Saint-Lazare. Une autre espèce rapportée par Paquin & Monfette (2018) dans le même habitat était Meta ovalis, une araignée bien connue pour ses affinités troglophiles (Paquin et al. 2021a). Ces spécimens confirment à la fois les affinités pour les habitations humaines et l'association avec les milieux sombres. Toutefois, Paquin et al. (2020b) rapportent la récolte de plusieurs spécimens trouvés sous des pierres dans un boisé situé derrière une école primaire de Terrebonne. Cette dernière récolte est surprenante puisque cet habitat ne correspond pas aux affinités synanthropes qui lui sont accolées. Les nombreux spécimens trouvés montrent l'existence d'une première population sauvage de N. cellulanus en Amérique du Nord. Enfin, mentionnons la découverte d'une population bien établie dans le vide sanitaire d'une habitation de Bonneville, en Estrie (Rodrigue & Paquin 2022). Ces dernières découvertes suggèrent que l'espèce est probablement beaucoup plus commune que ce que l'unique mention de 1958 suggérait.

Presque tous les Nesticidae ont des affinités pour les grottes, les cavernes, les anfractuosités rocheuses et autres milieux sombres (Comstock 1940). Plusieurs autres espèces nord-américaines du genre Nesticus sont étroitement associées avec les milieux cavernicoles et les habitats sombres comme les amoncellements de pierres. Plusieurs espèces sont endémiques au sud des Appalaches, où elles colonisent les flancs rocheux des montagnes (Gertsch 1984, Hedin & Milne 2023). Ces Nesticus montrent une grande cohésion dans leur répartition géographique et plusieurs sont endémiques à des petits secteurs, ce qui leur confère le qualificatif d'endémisme à petite échelle (short-range endemism, Harvey 2002c). Une telle répartition procure aussi une valeur additionnelle pour la conservation puisqu'elles ne se trouvent nulle part ailleurs. Certains Nesticus sont même troglobies et montrent les adaptations typiques des espèces spécialistes des cavernes : allongement des pattes, réduction de la pigmentation et du nombre d'yeux (Gertsch 1984, Paquin & Hedin 2017).

Eidmanella pallida est une espèce endémique à l'Amérique du Nord (Gertsch 1984) et se trouve à l'extérieur des cavernes, bien que J. H. Emerton (1875) ait décrit l'espèce d'après des spécimens récoltés entre les stalactites d'une grotte de Virginie. La coloration de cette espèce est variable : certains individus arborent un motif distinctif tandis que d'autres sont presque incolores. Eidmanella pallida n'a été trouvée au Québec qu'une seule fois, mais cette apparente rareté est probablement due à des récoltes incomplètes. Tout récemment, cette espèce est rapportée en Europe où elle envahit les habitats cavernicoles et est perçue comme une menace pour la faune locale (Nardi et al. 2023).

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