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Famille: 

Salticidae

Détails

Les Salticidae constituent la famille d'araignées qui compte le plus grand nombre d'espèces de la planète avec 6 929 espèces connues (WSC 2025). La plus grande partie de cette diversité se trouve dans des conditions climatiques plus chaudes et dans les tropiques. La plupart des Salticidae du Québec sont restreints à la partie méridionale de la province et la richesse en espèces diminue vers le nord.

Dans la première édition de ce bouquin en 2003, 43 espèces étaient connues dans la province. Avec les bioinventaires et différents efforts d'échantillonnage effectués, dix espèces ont été ajoutées à notre faune : Pellenes lapponicus et Synageles canadensis (Paquin & Dupérré 2006) Admestina wheeleri (Paquin et al.2008e), Phidippus audax (Brisson et al. 2013), Hasarius adansonii (Brisson & Simard 2013), Synemosina formica (Hutchinson & Simard 2013), Pellenattus peninsularis (Hurni-Cranston 2022a) et quelques autres qui n'ont pas fait l'objet de publications particulières. Nous comptons maintenant 53 espèces de Salticidae au Québec, et des récoltes futures révèleront sans doute la présence d'espèces additionnelles.

Les Salticidae sont pourvus de très grands yeux médians antérieurs, un caractère facile à observer qui permet de reconnaître facilement la famille. Cette disposition oculaire confère aux Salticidae un regard qui rappelle quelque peu le regard humain, ce qui fait que plusieurs personnes ayant la phobie des araignées parviennent à surmonter leur peur grâce à cette apparence et au « charme » de ces araignées.

Les Salticidae sont dotés d'une acuité visuelle inégalée chez les araignées. Contrairement à la plupart des araignées qui possèdent une vision très rudimentaire, elles peuvent faire la mise au point sur un objet situé jusqu'à un mètre devant elles (Blest 1985, Barth 2002, Menda et al. 2014, Morehouse 2020). Elles peuvent détecter les mouvements fins, parfois même derrière elles, et elles se déplacent pour faire face à leur observateur, ce qui donne la curieuse impression qu'elles suivent des yeux. Cette acuité visuelle en fait de remarquables prédateurs diurnes. Les Salticidae détectent leurs proies et s'en approchent suffisamment pour pouvoir bondir et les saisir dans un mouvement très rapide. Ce mode de déplacement par petits sauts est une des caractéristiques principales de cette famille, d'où leur nom d'araignées sauteuses (jumping spiders).

Les Salticidae ne tissent pas de toiles mais utilisent de la soie pour construire de petits abris. Ces retraites sont utilisées pour la ponte des œufs ou en guise de protection pour passer la nuit. Ces abris se trouvent dans les feuilles, dans la litière, sous les pierres, sous les écorces, et même dans le sable (Hurni-Cranston 2022b).

Plusieurs espèces d'araignées sont des myrmécomorphes, c'est-à-dire qu'elles imitent les fourmis par leur forme, leur coloration et leur comportement (Cushing 1997). Au Québec, les Corinnidae, les Phrurolithidae et le genre Micaria (Gnaphosidae) sont des myrmécomorphes, mais chez les Salticidae, il s'observe dans cinq genres différents : Myrmarachne, Peckhamia, Synageles, Synemosina et Tutelina. On appelle convergence évolutive le fait que certains traits apparaissent, de façon indépendante mais répétée, dans différents genres qui ne sont pas directement apparentés.

La première mention de Peckhamia picata au Québec a été faite par LeSage (1992), puis elle a été récoltée à nouveau dans une tourbière par Paquin & Arbour (2021g). Le genre Synageles n'était représenté que par S. noxiosus jusqu'à ce que Hutchinson & Limoges (1998) rapportent la présence en Amérique du Nord de Synageles venator, une espèce introduite. Depuis, elle s'est grandement répandue dans le sud de la province, où elle est maintenant commune (Drapeau-Picard 2017). Synageles canadensis n'est connu que d'une seule mention nordique, trouvé dans une parcelle de la forêt boréale ayant subi un feu de forêt (Paquin & Dupérré 2006). Les espèces de Tutelina sont communes dans le sud du Québec; Tutelina hartii est trouvée dans la région de Montréal, où elle sillonne les troncs d'arbres de feuillus, s'insérant au sein des fourmis qui circulent à la file indienne. Les autres espèces myrmécomorphes sont rarement observées et semblent restreintes au sud de la province.

Sibianor aemulus est une magnifique espèce qui arbore des écailles iridescentes, mais elle est rarement observée et trouvée. Elle est connue de la forêt boréale d'Épinettes noires, mais Paquin & Arbour (2022a) l'ont aussi trouvée dans une tourbière du sud de la province. Il est possible que cette araignée soit inféodée aux habitats acides et tapissés de mousses, comme rapporté pour Dolomedes striatus qui présente une vaste répartition géographique dans les habitats nordiques, mais est restreint aux tourbières plus au sud.

Le genre Attulus contient deux espèces introduites : Attulus fasciger, rapporté en Amérique du Nord en 1963, qui s'est grandement réparti depuis (Buckle 2022). Cette araignée est maintenant une des espèces les plus communes autour de nos habitations puisqu'elle est synanthrope (Paquin et al. 2022a). Attulus sylvestris est aussi introduite et n'est connue que d'une seule population établie dans le vieux Montréal. Attulus striatus semble une espèce spécialiste associée aux tourbières (Maddison et al. 2020).

La plupart des Salticidae sont associés à la végétation, où ils sont à l'affût de proies. Eris militaris, Evarcha hoyiet les Pelegrina spp. sont des espèces communes et la plupart des échantillons de la végétation prélevés avec un battoir révèlent habituellement la présence de ces espèces ubiquistes. Admestina tibialis, Hentzia mitrata, Marpissa formosa, Maevia inclemens sont également associées à la végétation, mais sont récoltées plus rarement.

Certaines espèces sont plutôt inféodées au sol. Neon nellii est une espèce commune associée à la litière forestière et sa présence est connue jusque dans la forêt boréale. Talavera minuta est aussi trouvée à des latitudes boréales dans les pessières en régénération et dans quelques localités du sud de la province (Bélanger & Hutchinson 1992), mais elle demeure rarement trouvée. Quelques espèces comme Zygoballus nervosus et Ghelna canadensis n'étaient connues que de quelques mentions chacunes. De récents bioinventaires dans les tourbières ont peut-être permis de percer le mystère de leur rareté puisque plusieurs spécimens ont été trouvés en tamisant la litière ou par piège-fosse (Paquin & Arbour 2021g, 2022a. Paquin & Chir 2021) tandis qu'aucun spécimen n'avait été trouvé par le battage de la végétation dans les mêmes habitats. Il est possible que la rareté de ces espèces dans les collections soit dûe à la spécialisation de ces espèces pour les conditions de sols des tourbières et autres habitats semblables.

Edwards (2003a) a transféré deux espèces autrefois dans le genre Habrocestum qui se trouvent au Québec : Naphrys pulex et Chinattus parvulus. Ce sont deux espèces sont associées aux sols forestiers, mais N. pulexsemble s'accommoder d'une grande diversité d'habitats, tandis que C. parvulus est plutôt associé aux érablières du sud de la province (Paquin et al. 2008f).

Les espèces du genre Habronattus sont remarquables à cause de leur coloration spectaculaire (Hurni-Cranston 2022b). Certaines espèces sont étroitement associées à des habitats précis : Habronattus borealis est une petite araignée noire commune le long des berges rocheuses du Saint-Laurent, mais il existe peu de mentions publiées de cette espèce au Québec. Hurni-Cranston (2022b) rapporte la redécouverte d'Habronattus waughi, une espèce associée aux rivages sablonneux du Saint-Laurent. Il décrit le mécanisme avec lequel cette araignée s'enfouit dans le sable pour se camoufler. Les parades de séduction des Habronattus sont parmi les plus élaborées du monde des araignées (Peckham & Peckham 1889, 1890, Platnick 1971). Les mâles de certains Habronattus possèdent une ornementation colorée sur leur troisième paire de pattes (Griswold 1987). Lors des parades, ils soulèvent ces pattes dans des mouvements répétés, attirant ainsi l'attention des femelles. Certaines espèces arborent également des motifs abdominaux colorés qui jouent un rôle important dans la séduction des femelles. Ces mâles font osciller leur abdomen et le dresse afin de bien exposer les motifs lorsqu'ils s'approchent des femelles. Ces gestes complexes permettent aux partenaires d'une même espèce de se reconnaître, et on soupçonne qu'ils servent de mécanisme d'isolement reproducteur.

Les Phidippus comptent parmi les plus grands Salticidae du Québec : Phidippus purpuratus et Phidippus borealis sont de bonne taille et se trouvent au nord jusque dans la région boréale, mais le plus grand Salticidae de la province Phidippus audax est maintenant trouvé dans tout le sud de la province avec une taille qui fait parfois près de 2 cm. Phidippus princeps est habituellement trouvé dans la végétation basse où cette araignée fabrique des abris de soie dans les touffes d'herbe, tandis que Phidippus clarus est communément trouvé dans les champs. Grâce à Edwards (2004), les connaissances taxonomiques de ce genre permettent d'identifier les différentes espèces plus facilement.

Nous connaissons aussi la surprenante présence de Hasarius adansonii, une espèce connue uniquement de milieux artificiels, comme les serres et autres écosystèmes intérieurs. Des populations viables de cette araignée sont maintenant connues dans trois localités urbaines à Montréal et à Québec.

Salticus scenicus est probablement le Salticidae le plus connu, car il est très fréquent sur les murs des habitations, où il se distingue grâce à son joli motif rayé. Il s'agit d'une espèce introduite, qui s'est probablement répandue en Amérique du Nord grâce à son caractère synanthrope (Paquin et al. 2022a). Elle est souvent trouvée sur les murs de brique ou de ciment des habitations, mais se rencontre aussi, plus rarement, dans les amoncellements rocheux exposés au soleil. Le spécimen le plus nordique connu a été trouvé en nature dans la région de Charlevoix, à Port-au-Saumon.

Les Salticidae sont des araignées fascinantes et leur recherche en nature l'est tout autant. Il est surprenant de constater qu'avec un minimum de connaissances sur les affinités des espèces pour certains écosystèmes et habitats, leur présence devient prédictible. De même certains habitats peu étudiés risquent de révéler la présence d'espèces additionnelles. Mentionnons Hurni-Cranston (2022a) et la découverte de Pellenattus insularis, de Phlegra hentzi et de quelques autres espèces additionelles dans des alvars et autres milieux chauds et rocheux du sud de la province qui demeurent peu explorés.

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