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Famille: 

Scytodidae

Espèce

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Détails

En 1994, Hutchinson & Bélanger ont mis sur pied la première liste des espèces probables de la province qui recense les espèces récoltées dans des localités limitrophes, mais inconnues au Québec. Une de ces prédictions concernait Scytodes thoracica, une espèce récoltée deux fois en Ontario : à Ottawa et à Belleville, mais nulle part ailleurs au Canada (Paquin et al. 2010b). En 2021 toutefois, Paquin & Lebrun (2021) ont rapporté la première mention de cette espèce avec un mâle récolté dans un appartement à Saint-Jean-sur-Richelieu. Puis en 2023, un second spécimen, une femelle, a été trouvée dans un appartement à Montréal. Cette araignée a pondu et une trentaine d'araignons ont éclos, démontrant du même coup que cette femelle avait été fécondée. Ces mentions récentes au Québec suggèrent que cette araignée est maintenant plus commune qu'on ne le croyait il y a quelques années.

Scytodes thoracica est une espèce synanthrope, ce qui veut dire qu'elle est fortement associée aux humains et à leurs habitations (Paquin et al. 2022a). Kaston (1948) rapporte qu'au Connecticut, l'espèce a toujours été récoltée à l'intérieur des habitations. Cette araignée s'est propagée à l'insu des voyageurs et se trouve presque partout sur la planète. On ignore d'où elle origine exactement, mais possiblement de l'Europe, du Nord de l'Afrique ou de l'Asie. Elle est maintenant qualifiée d'introduite en Amérique du Nord, en Argentine, en Australie et en Nouvelle-Zélande (WSC 2025).

Les Scytodidae ont une morphologie particulière qui les distingue aisément des autres araignées. Elles se reconnaissent à leurs six yeux disposés en diades et au céphalothorax qui est fortement bombé. Cette forme en dôme est due aux énormes glandes à venin qui occupent presque entièrement le céphalothorax. Ces glandes sont divisées en deux parties : la petite partie est semblable à celle que l'on trouve chez les autres araignées, mais la partie postérieure est spécialisée dans la sécrétion d'un liquide gluant (Millot 1930). Monterosso (1928) a été le premier à rapporter le mode de chasse unique de ces araignées. Les Scytodidae ont la capacité de lancer des jets de cette substance gluante (colle) par les ouvertures des crochets, afin d'immobiliser la proie qui se trouve devant elle. L'araignée se déplace avec lenteur pour s'approcher (Kaston 1948), puis projette cette colle enduite de venin à une très grande vitesse (140 ms, Ubick 2017c). La colle est projetée à plusieurs centimètres devant l'araignée (Gertsch 1949) qui effectue un léger mouvement résultant en une application en zigzag de la colle pour augmenter l'efficacité de capture. Une fois la proie collée au substrat, l'araignée s'approche rapidement pour la saisir et la dévorer. Ce mode de chasse a donné le nom vernaculaire français d'Araignée cracheuse, spitting spider en anglais.

Dabelow (1958) rapporte que S. thoracica devient adulte après sept mues, et Bristowe (1958) rapporte six mues pour les femelles et cinq à six pour les mâles. Les femelles vivent deux à trois ans tandis que les mâles 1.5–2 ans. Les femelles fabriquent des petits sacs au travers desquels il est possible d'apercevoir de 4 à 44 œufs, 22 en moyenne. Les œufs ne sont pas agglutinés les uns aux autres et la femelle transporte son sac avec ses chélicères lors de ses déplacements. Ces araignées tissent de petites toiles dans lesquelles elles se suspendent, et les femelles qui ont des œufs maintiennent leur sac sur la face ventrale, entre le céphalothorax et l'abdomen (Dabelow 1958).

Nous comptons une deuxième Scytodidae au Québec : Scytodes fusca. Il s'agit d'une espèce introduite par accident qui a réussi à maintenir une population viable dans le Biodôme de Montréal (Paquin et al. 2008c). Tout comme Hasarius adansonii (Salticidae), ces espèces réussissent à survivre à nos conditions dans des écosystèmes artificiels, comme les serres, qui procurent des conditions semblables aux climats plus chauds. Ces araignées font partie de notre faune puisqu'elles se reproduisent sur notre territoire, mais à ce jour, elles ne sont connues que dans ces environnements artificiels.

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