On compte 18 espèces de Tetragnathidae au Québec, mais la présence de quelques autres espèces est possible dans le sud de la province. Cette famille est bien connue grâce aux révisions taxonomiques de Levi (1980, 1981a). Dondale et al. (2003) ont publié une synthèse sur cette famille au Canada.
Le nom Tetragnathidae vient de tetra--, qui signifie quatre, et de --gnathos, qui veut dire mâchoire, et fait référence à la grande taille des endites qui évoquent vaguement une seconde paire de chélicères.
Les espèces du genre Tetragnatha, comme Tetragnatha extensa, font des toiles orbiculaires qui ressemblent beaucoup à celles des Araneidae. Elles diffèrent par le centre (moyeu) qui comporte un secteur vide. Les toiles de Tetragnatha sont souvent plus difficiles à repérer que celles des Araneidae, malgré qu'elles soient parfois très abondantes. Lorsque le hasard nous fait repérer une de ces toiles, il est possible d'observer l'araignée qui place ses pattes serrées contre elle-même et étendues dans le prolongement de l'axe du corps. Cette position évoque fortement une brindille et procure à l'araignée une tenue discrète qui évite d'attirer l'attention des prédateurs.
Les Pachygnatha sont plus trapues que les Tetragnatha. Un doute a longtemps subsisté au sujet des toiles des Pachygnatha : en font-elles? Les juvéniles tissent des petites toiles à quelques centimètres au-dessus du sol, mais il n'existe aucune mention de Pachygnatha adulte observée dans une toile, ce qui semble mystérieux. Kovoor (1990) a apporté un important élément de solution en montrant que les glandes responsables de la fabrication de la soie des toiles sont dégénérées chez les adultes Pachygnatha (Gertsch 1949, Dondale et al.2003). La dégénérescence des glandes a lieu au cours du développement de l'araignée, ce qui explique cette curieuse situation.
Les Tetragnatha ont un aspect qui permet de les reconnaître facilement : elles possèdent un abdomen allongé, des chélicères qui semblent démesurées, et de longues pattes fines. Il existe un dimorphisme sexuel prononcé chez ces espèces : les mâles sont plus petits que les femelles et possèdent de grandes chélicères armées d'épines. Celles-ci servent à bloquer les chélicères de la femelle lors de l'accouplement, ce qui évite au mâle d'être broyé lors de ce face-à-face. Les palpes des mâles sont particulièrement allongés et se terminent par le conducteur, dont la forme est très utile pour la différenciation des espèces. Les Tetragnatha et Pachygnathaconstituent des exceptions chez les entélégynes, car les femelles sont dépourvues d'une épigyne externe sclérifiée. Comme on l'observe chez les haplogynes, les organes sexuels sont sans structure externe visible. L'identification des femelles est souvent difficile et nécessite la dissection et l'examen des génitalia internes.
Le genre Tetragnatha comprend les araignées orbitèles les plus abondantes et les plus répandues de la planète (Levi 1981a). Un nombre impressionnant d'araignées de cette famille se trouve souvent dans la végétation, particulièrement à proximité des plans d'eau (Hubert 1979). Toutefois, les Tetragnathidae sont présents dans une multitude d'habitats. Aiken & Coyle (2000) ont déterminé les préférences écologiques de plusieurs espèces du sud des Appalaches, qui sont aussi présentes au Québec. Tetragnatha versicolor et Tetragnatha extensasont des généralistes qui se trouvent dans des habitats variés, comme les milieux riverains, les forêts et les prés. Elles sont plus tolérantes aux habitats secs que leurs congénères, ce qui explique leur ubiquité. Tetragnatha laboriosa préfère les prés herbeux ; Tetragnatha straminea montre une affinité prononcée pour les milieux humides et tourbeux ; et Tetragnatha elongata est une spécialiste des habitats riverains. Tetragnatha viridis est une espèce d'un vert lime qui lui donne un aspect unique. Outre sa coloration, elle est très similaire à Tetragnatha versicolor (génitalia mâles et femelles) ce qui suggère que cette coloration n'est peut-être qu'une simple variation, mais il est plus prudent de considérer cette espèce comme valide pour l'instant.
Leucauge venusta a été ajoutée à la faune québécoise par Paquin et al. (2008e). Depuis, cette araignée a été observée et photographiée à quelques reprises dans la région du Mont Saint-Hilaire, et plus au nord, de l'Outaouais jusqu'à Québec, mais demeure peu commune. Sa magnifique coloration iridescente permet de la reconnaître à son aspect général.
Les Pachygnatha vivent dans la litière des forêts et autres milieux humides, sous les pierres, parmi les débris ligneux ou près du sol dans la végétation. Elles sont souvent associées aux milieux humides, mais sont beaucoup moins abondantes que les Tetragnatha spp.
Meta ovalis est une espèce troglophile associée à l'entrée des grottes et des cavernes, aux anfractuosités des parois rocheuses et autres habitats sombres (Paquin et al. 2021a). Elle se trouve également dans les sous-sols des habitations et dans les vieilles caves (Hutchinson 1993a), où elle adopte une position typique, la tête vers le bas, accrochée dans les fils qui constituent la toile. L'unique espèce nord-américaine, Meta ovalis, a longtemps été appelée Meta menardii dans la littérature. Il est maintenant reconnu que cette dernière espèce est restreinte à l'Europe (Marusik & Koponen 1992).
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