Parcours

Dans cette section, je trace le portrait des collaborateurs et collaboratrices de Natureweb. Ce sont des scientifiques passionnés au parcours souvent atypique. Ils et elles acceptent de se livrer pour démystifier la personnalité du chercheur à la curiosité insatiable dont le travail consiste à mettre en lumière les résultats de ses recherches en s’appuyant sur des preuves solides. Leur mission : faire avancer la connaissance et protéger la biodiversité de nos milieux naturels.

Clôde de Guise

Dans la mouvance de la publication du livre de Rachel Carson Silent Spring (Printemps silencieux) - édition Houghton Mifflin, aux États-Unis, en septembre 1962, qui a lancé le mouvement écologiste mondial, Léo-Guy de Repentigny crée, en 1967, le Projet Vert. Cest un groupement écologique dont la mission est de recueillir des informations sur l’état de la santé de lenvironnement au Québec ainsi que dans sa région de Salaberry-de-Valleyfield, et de proposer des solutions. Embauché comme technicien en environnement au Service canadien de la faune en 1972, cet homme de terrain, sans diplôme universitaire, a été un environnementaliste convaincu et un pionnier dans divers domaines. Encore aujourdhui, il contribue à faire avancer les connaissances en participant au programme sur la biodiversité de lUniversité Laval à Québec.

Solitaire et curieux

Léo-Guy de Repentigny est né le 10 août 1942 à Jonquière au Saguenay. Il est l’aîné d’une famille de six enfants – quatre garçons et deux filles. Peu de temps après sa naissance, ses parents déménageront dans un immeuble à logements sur deux étages à Salaberry-de-Valleyfield où son père poursuit son travail comme riveteur pour Hydro-Québec. Gros travailleur, issu d’un milieu modeste, il sera un pourvoyeur rarement à la maison. Il a notamment travaillé sur le chantier de la Manicouagan.

Sa mère est plus scolarisée et incite ses enfants à obtenir de bons résultats à l’école. Elle a acheté un microscope, un jeu de chimie et des livres pour son aîné qui démontre une grande curiosité pour la science et le monde vivant. En effet, ce dernier aime s’échapper au bord du fleuve pour avoir la paix et passer des heures à observer les oiseaux, les petits animaux et les plantes. Puis il trouve un premier trésor, qu’il a toujours en sa possession et qu’il garde bien emballé. « J’avais 7 ou 8 ans, lorsque j’ai trouvé ce fossile de gastéropode sur l’île Dondaine (aussi appelée île Bosco) à Salaberry-de-Valleyfield. À la suite de cette découverte, j’ai lu de nombreux ouvrages sur la paléontologie à la bibliothèque. Je voulais tout savoir sur l’évolution de la terre », raconte fébrilement Léo-Guy.

Fossile de gastéropode.

Ce jeune solitaire est dans les premiers de classe. Doté d’une excellente mémoire et avide de connaissances, il lit beaucoup. Tout l’intéresse : la géologie, l’archéologie, l’histoire, la biologie, l’architecture, l’astronomie.  

À l’école secondaire, c’est un jeune frondeur qui aime provoquer ses professeurs et leur répondre s’il lui semblait qu’ils faisaient fausse route dans leur enseignement. À la fin de ses études secondaires, option science, il ira à l’école des arts et métiers et se spécialisera en électricité. Pendant une année, il va monter des moteurs électriques pour une compagnie privée.

Le voile de la mariée

Ce solitaire curieux va faire la rencontre de Solange, une solitaire curieuse comme lui. À l’aube de la vingtaine, ils se marient. Leur fils Steve naît en 1963, et leur fille Mylène en 1968. Solange savait bien que son mari Léo-Guy était un passionné de la nature et elle l’a toujours épaulé dans ses recherches et son travail. Léo-Guy aime raconter cette anecdote : « J’avais besoin d’un bon filet pour la chasse aux papillons et aux insectes. Mon premier filet a été fait à partir du voile de mariée de Solange. » Soixante-quatre ans plus tard, ils sont toujours ensemble.

Coléoptère - Curculionidae - Polydrusus formosus.

Technologiste médical

Le premier emploi de Léo-Guy de Repentigny en 1963 est technologiste médical à l’hôpital de Salaberry-de-Valleyfield. Il travaille en pathologie et en microbiologie. Il fait des analyses en hématologie et en biochimie, au besoin gère la banque de sang et s’initie à la photographie médicale. Il est également assistant aux autopsies. « Je posais beaucoup de questions aux médecins et il était important pour moi d’apprendre le lexique médical. Je prenais des notes et j’épelais les termes médicaux. Pendant deux ans, j’ai étudié à la maison. Solange était ma répétitrice. J’ai passé mes examens à l’Université de Montréal et j’ai obtenu une attestation en 1965 de l’Association canadienne des technologistes de laboratoire comme Technologiste en technologie médicale », raconte Léo-Guy

Précurseur

En 1967, avec une demi-douzaine de jeunes, il crée le Projet Vert. Ce sont les premiers pas de Léo-Guy dans le domaine de l’écologie. Cette initiative trace le chemin de ce qui deviendra sa passion et son gagne-pain alors qu’il sera à l’emploi du Service canadien de la faune (SCF) durant une trentaine d’années.

Ce touche-à-tout, fonde en 1968 le Club de photographie Focal de Salaberry-de-Valleyfield. Léo-Guy s’était initié d’abord à la photo avec l’appareil Brownie de Kodak. Une petite caméra très populaire à l’époque. Désormais, il passe au 35 mm en faisant l’acquisition d’une Minolta SRT 101. Jusqu’en 1975, Léo-Guy enseigne la photographie - prise de photos de paysages mais aussi la macrophotographie notamment d’insectes. Il s’illustre aussi comme photographe en entomologie et procède à l’identification des spécimens.  

Léo-Guy de Repentigny avec sa caméra Minolta 35 mm.

L’année 1972 marque un tournant décisif pour Léo-Guy de Repentigny. En mars, un projet de conservation d'envergure est lancé dans la région d'Huntingdon par le Centre de Recherches, d'Études et d'Observations Naturelles (CREON), basé à Valleyfield. Le président est nul autre que Léo-Guy de Repentigny. Via le CREON, il a conçu un programme pour créer un Centre éducatif sur la nature afin de sensibiliser le public et les jeunes à la protection de l'environnement.  

Cette initiative du CREON s'inscrit dans la foulée historique des Cercles des jeunes naturalistes (CJN), un mouvement provincial. Fondé en 1931 sous l'impulsion du frère Adrien Rivard et du frère Marie-Victorin, ce réseau de cercles visait à initier la jeunesse québécoise aux sciences de la nature par l'observation directe de la faune et de la flore.

« Le CREON a été un laboratoire sur les rudiments de la recherche par l’observation des plantes, des minéraux, des insectes. Nous avions besoin de microscopes, de binoculaires, de feuilles d’herbier, etc. J’allais quêter le matériel auprès de  monsieur Lamoureux responsable du Service canadien de la faune à Valleyfield », précise Léo-Guy.

Monsieur Lamoureux lui fait alors savoir que dans un an ou deux, il embauchera un technicien en environnement au Service canadien de la faune (SCF). Déterminé à obtenir ce poste, Léo-Guy s’y prépare avec rigueur et encore une fois, pendant deux ans, il étudia à la maison parce qu’à cette époque, il n’existait pas de programme d’étude pour former des techniciens en environnement. « Solange a une fois de plus été ma répétitrice et encore aujourd’hui, elle peut donner les noms latins de la sauvagine présente au Québec, tellement elle les a répétés avec moi », dit Léo-Guy un sourire en coin.

Il a passé l’entrevue d’embauche haut la main devant les responsables d’Environnement Canada et sera à l’emploi du Service canadien de la faune (SCF) d’abord au bureau de Salaberry-de-Valleyfield, de 1972 à 1975, puis à Québec, au bureau de Sainte-Foy, de 1975 à 2003.

Léo-Guy de Repentigny bien concentré sur son travail au Service canadien de la faune.

Sur le terrain

Au cours de ces années de travail pour le SCF, Léo-Guy développe des compétences en aménagement des sites pour la faune aviaire migratrice du Québec. Il fait l’inventaire des oiseaux et des végétaux sur les Réserves nationales de la faune (RNF) et a participé à plusieurs études d’impact en lien avec des projets susceptibles d’avoir des effets négatifs sur la faune aviaire, par exemple, sur le projet de la baie James en vue des aménagements hydroélectriques.

Il a été curateur de l’herbier du SCF en tant que responsable scientifique et technique de cette collection qui a été digitalisée, une première au Québec. Il a créé le premier site internet du SCF au Québec. Il a conçu des affiches, des cartes et divers documents publics.

On lui doit d’avoir mené les études pour que les RNF du Cap-Tourmente et du lac Saint-François soient officiellement reconnues sites Ramsar. Un site Ramsar est une zone humide d'importance internationale désignée en vertu de la Convention sur les zones humides adoptée en 1971 et vise à assurer la conservation et l'utilisation rationnelle de ces écosystèmes essentiels pour la biodiversité.

Hyménoptère - Apidae - Bombus impatiens sur une fleur d'Impatiens capensis.

À Cap-Tourmente, pendant plus de 2 000 ans, les Premières Nations ont utilisé les ressources des riches prairies naturelles. Léo-Guy de Repentigny a constitué une collection d’objets lithiques (des objets en pierre taillée par les humains - des grattoirs, des pointes de flèches) et des tessons de poteries trouvés en surface sur ce site. Cette collection a intrigué l’archéologue Claude Chapdelaine. Les fouilles menées par ce dernier ont permis de découvrir une maison longue iroquoienne, sur le site connu sous le nom d’Ajoaste.

Sur ce même site, Léo-Guy a effectué les relevés de l’architecture des combles de la maison de la Petite-Ferme qui ont révélé une occupation plus ancienne datant du début du 17e siècle, alors que la date de construction avait été fixée à 1850. Toutes ces recherches ont conduit à la nomination en 2018 du lieu historique national du Canada de la Petite-Ferme-du-Cap-Tourmente.

Au cours de ses années au Service canadien de la faune, Léo-Guy de Repentigny a été l’auteur d’études en botanique et en biologie.

La publication la plus connue est :

Histoire et ressources biologiques de la Réserve nationale du lac Saint-François, 1988, éditeur SCF, Conservation et protection, Environnement Canada, Région du Québec.

II a également rédigé plusieurs ouvrages savants concernant le site historique de Cap-Tourmente, entre autres, La ferme d'en bas du cap Tourmente : la Petite-Ferme et la Réserve nationale de faune du cap Tourmente : occupation humaine des origines à 1763. Québec : Gouvernement du Québec. 1989.

« Mon travail au Service canadien de la faune m’a permis d’être à l’avant-garde des défis écologiques et ce travail de terrain a été mon université », résume ce travailleur infatigable.

Le Gardeur de Repentigny

Est-il étonnant que Léo-Guy de Repentigny se soit intéressé à la généalogie? Il a créé en 2013, un site internet en collaboration avec l’Association des familles Le Gardeur de Repentigny. En 2021, il publie, à compte d’auteur, un ouvrage de référence : Descendance de Jean Le Gardeur, France et Amérique. « Outre ma descendance, je me suis amusé à faire la généalogie de plusieurs familles dans mon entourage. C’est toujours intéressant de connaître nos origines qui peuvent parfois être surprenantes », précise-t-il.

Documenter la biodiversité

Boisé du campus de l’Université Laval à Sainte-Foy.

Avec à son actif une collection de plus de 60 000 photographies archivées en partie sur la base numérique iNaturalist, les photos de Léo-Guy de Repentigny sont souvent reproduites dans des publications scientifiques et grand public.

Encore aujourd’hui, il publie régulièrement ses photos d’insectes sur le site Photos dinsectes du Québec, créé par Gilles Arbour le 27 juillet 2014, dont il est un des modérateurs.

Coléoptère - Brentidae - Arrenodes minutus mâle.

Depuis 2015 jusqu’à ce jour, Léo-Guy de Repentigny a comme terrain d’observation le campus de l’université Laval à Québec. Il arpente presque quotidiennement un sentier à proximité de sa résidence pour aller photographier insectes, animaux et plantes et documenter le programme sur la biodiversité de l’université.

Léo-Guy de Repentigny toujours avec sa caméra à la main pour notre plus grand plaisir.

« C’est un avantage de revenir au même endroit et de suivre l’évolution de la biodiversité. Il est notable que l’environnement change et plusieurs signes sont inquiétants, des espèces disparaissent et des envahisseurs apparaissent. Des signes de perturbations climatiques comme la fonte des glaciers nous interpellent. Cela prend des générations pour qu’il y ait une véritable prise de conscience et une amorce de changement de comportement. Mais, il faut garder espoir. Nos enfants n’auront pas besoin de nos discours, mais de rivières propres, de sols vivants et d’air respirable », conclut, avec justesse, Léo-Guy de Repentigny qui en a vu d’autres à 84 ans!

Publié 
18/8/2026
 dans la catégorie